15avr2026

Témoignage Ostéointégration

Témoignage Ostéointégration

ARTICLE FRANCE 3 PAYS DE LA LOIRE DU 02-04-2026


TÉMOIGNAGE "Je me disais, je ne peux pas vivre comme ça jusqu'à ma mort", grâce à l'osteo-intégration, Sandrine, amputée des deux jambes, revit
Amputée il y a sept ans suite à un choc toxique, Sandrine Graneau a subi en janvier dernier une opération chirurgicale innovante : une ostéo-intégration. Aujourd'hui, elle ne souffre plus et peut de nouveau envisager l'avenir sereinement, sans douleur.
Nous avions rencontré Sandrine Graneau en 2021. À l'époque, elle venait de publier un livre sur le choc toxique menstruel qu'elle avait subi. Elle avait alors dû se faire amputer des jambes et de plusieurs doigts.

"Avant mes amputations, raconte Sandrine, on m'avait dit vous allez vous faire amputer, vous allez faire votre rééducation et vous reprendrez votre vie là où vous l'avez laissée. Ce n'était pas vrai du tout et c'était un discours beaucoup trop optimiste pour la vie qui m'attendait."

Car si dans nos souvenirs, Sandrine était pleine d'énergie et d'enthousiasme communicatif, sa souffrance était déjà insupportable. "J'avais mal tout le temps. Dès que je me mettais debout, j'avais des appuis au niveau de mes prothèses qui étaient insupportables."

Sept ans de souffrances

Pendant 7 ans, Sandrine souffre en silence. Elle n'est pas du genre à rester sans rien faire. Elle monte une association Dans mes baskets. Elle organise des évènements comme une exposition photo "Different is beautiful" dans laquelle elle pose sous l'objectif de Francesca Clayton.
Mais il y a deux ans, elle arrive au bout de ses forces, physiquement et moralement. Elle ne sort plus de chez elle.

"J'ai pensé au suicide assisté. Je me disais, je ne peux pas vivre comme ça jusqu'à ma mort. Pendant très longtemps, j'avais une ligne de conduite : j'élève mes enfants et quand ils sont adultes, Ciao !"
Sandrine Graneau
L'espoir de l'ostéo-intégration

Le prothésiste de Sandrine lui parle alors d'une opération innovante : l'ostéo-intégration. Elle consiste à apposer un implant orthopédique à travers la peau, directement dans l'os du moignon. La jambe artificielle peut alors être clipsée directement à cet implant.

C'est une première pour le CHU de Nantes qui va réaliser cette opération sur trois patients. Sandrine est en bonne santé, elle ne fume pas, elle ne boit pas, n'est pas diabétique. Elle fera partie des trois patients.
La date est fixée. Ce sera le 30 janvier 2026. Quelques semaines avant l'opération, la jeune femme se rend compte à quel point il est difficile pour elle de retourner là où elle s'est fait amputer.

"Le souvenir était quand même encore assez violent. La peur de la douleur, la peur de la séparation familiale de nouveau. Je partais comme j'étais partie six ans avant. Je ne savais pas quand j'allais rentrer."

"Mais maman, tu es debout ?"

L'opération est un succès. Deux mois plus tard, Sandrine arrive déjà à la fin de sa rééducation à la marche. Et le changement est radical. "Ça ne remplace pas le membre perdu mais je trouve que ça compense quand même pas mal. Avant, je disais toujours ma prothèse, je parlais de mes prothèses et aujourd'hui, pour moi je n'ai plus de prothèse, j'ai ma jambe et mon pied."

Alors qu'elle ne pouvait plus monter dans une voiture, ou rester longtemps dans son fauteuil roulant, Sandrine redécouvre des sensations qu'elle avait oubliées. Elle peut se mettre à quatre pattes, en tailleur, des choses qui lui étaient interdites avec l'appareillage.

Pendant deux semaines, j'ai eu 5 ans. Je retrouvais des trucs incroyables. Ah, t'as vu, je peux faire ça, puis je peux faire ça, puis je peux faire ça. J'ai même pas mal quand je fais ça.
Sandrine Graneau
Pour sa famille, c'est une renaissance. Ses enfants ont 11, 17 et 19 ans.

"Ma petite dernière avait 4 ans quand je me suis fait amputer. Elle a connu une maman toujours assise, toujours dans la douleur. Et un soir, elle rentre de l'école. J'étais derrière mon plan de travail en train de cuisiner. Elle me regarde, les larmes lui montent aux yeux et elle me dit :"Mais maman, tu fais quoi ?" Je lui réponds que je fais à manger. Et là, elle me dit : "Mais, tu es debout ?".

Elle se rend également à un vin d'honneur avec son mari et pour la première fois depuis sept ans, elle trinque avec lui à la même hauteur, les yeux dans les yeux. "Un moment super fort".

Un nouveau combat

Il y a quelques jours, l'ergothérapeute de Sandrine lui a demandé ce qui lui manquait aujourd'hui. Elle a répondu avec une pointe d'humour :

"Rien, en fait. Il ne manque rien. Enfin si...il me manque des pieds mais ça ne repousse pas quoi !"

Pendant cette période de renaissance, elle se rend compte à quel point il est difficile de vivre dans un fauteuil et à quel point on édulcore beaucoup.

Commence alors un nouveau combat car si elle a réussi à financer son opération en partie grâce à une cagnotte en ligne, Sandrine veut que tout le monde ait la même chance qu'elle.

"Moi, ce que je veux, c'est que cette opération soit prise en charge par la Sécu, parce que c'est hallucinant de se dire que, certes, c'est un coût (autour de 70 000 euros), mais faire des prothèses, parce que ça ne va jamais, c'est un coût aussi, et que la santé mentale devrait aussi rentrer en ligne de compte".

Sa santé mentale à elle se porte bien. Si bien que l'une des autres patientes opérées en même temps qu'elle au CHU de Nantes lui a dit pendant sa rééducation : "Mais t'es trop drôle toi ! Tout te glisse dessus. Tu n'es pas en rééducation, tu es en thalassothérapie !"

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